Un algorithme peut-il remplacer la pilule? - VivaSanté

Un algorithme peut-il remplacer la pilule?

This post is also available in: Néerlandais

Elina Berglund, ex-chercheuse en physique des particules, a mis au point une application visant à se substituer à la pilule et autres méthodes contraceptives habituelles. Elle se base sur les variations de température corporelle observées en cours de cycle.

Rappelez-vous: la méthode des températures

Pour rappel, la méthode “des températures” classique permet d’identifier le moment de l’ovulation et donc la période de fertilité en vue d’une planification familiale naturelle. Elle permet ainsi de favoriser une grossesse, ou au contraire l’absence de grossesse; cette méthode constitue à ce titre un moyen de contraception.

Cette méthode est fondée sur le fait que la progestérone augmente de quelques dixièmes de degrés la température corporelle (jusqu’à 0,45°C). Comme cette hormone n’est sécrétée qu’à partir de la formation du corps jaune, cette augmentation de température indique l’ovulation. Comme la survie de l’ovule n’excède pas quelques heures, la fécondation est impossible en phase lutéale post-ovulatoire. On considère que la période stérile commence à partir du 3e jour de température haute.

L’indice de Pearl – qui correspond au nombre de femmes qui tombent enceintes alors qu’elles utilisent une contraception donnée pendant une durée d’un an – suppose une utilisation optimale, sans la moindre erreur, de la méthode contraceptive. Il est de 0,5% pour la méthode des températures, ce qui est excellent. En pratique, cependant, le taux d’échec annuel en utilisation typique est plutôt de l’ordre de 20%.

Quand Elina Berglund s’ennuie…

Elina Berglund est physicienne des particules. À ce titre, elle a travaillé au CERN jusqu’en 2012 et a participé à la mise en évidence du Boson de Higgs. Au terme de cette belle aventure scientifique, Elina Berglund s’est sentie prête à passer à quelque chose de complètement différent. Parallèlement, elle souhaitait accorder à son corps une petite pause hormonale et se passer de pilule contraceptive. Les différentes formes de contrôle naturel des naissances ne la satisfaisaient pas. Elle a donc mis au point un algorithme améliorant les performances de la méthode des températures – le point clé étant de déterminer le début de la période fertile -, puis programmé une appli pour smartphone, appelée “Natural Cycles” (Natural Cycles).

L’application mobile requiert l’entrée des données de température corporelle basale ainsi que la date des menstruations, tandis que les mesures des taux de LH sont facultatives.

L’algorithme calcule le jour de l’ovulation, la phase lutéale, la phase folliculaire, la longueur du cycle, ainsi que les températures moyennes des différentes phases. L’algorithme attribue des jours « verts » – symbolisant les jours « sûrs » – de manière conservatrice. Ainsi, le nombre de jours « rouges » – considérés comme fertiles – par cycle est généralement supérieur à la valeur empirique de 6 jours.

L’algorithme se sert des cycles précédemment enregistrés chez une même femme pour affiner ses prédictions. Il permet de prédire l’état de fertilité, le jour de la prochaine ovulation, la LH et les jours de menstruation. L’état de fertilité actuel et prédit de l’utilisateur individuel est visualisé par une barre d’état, un calendrier – avec ses jours verts et rouges – et un graphique de température. Des statistiques sur les caractéristiques des cycles enregistrés peuvent également être affichées et partagées avec le corps médical.

Il a été démontré que l’algorithme peut identifier le jour de l’ovulation avec précision et que la probabilité qu’un jour vert soit faussement attribué à l’intérieur de la fenêtre fertile – entourant le jour de l’ovulation – est de 0,05%.

Efficace, semble-t-il…

L’efficacité de la méthode a été évaluée au cours d’un essai clinique au cours duquel 4.054 femmes ont été suivies de manière perspective. Le nombre de grossesses non planifiées a été de 143 au cours de 2.053 années-femmes, ce qui donne un indice de Pearl de 7,0 pour une utilisation typique. Seulement 10 de ces grossesses sont liées à une erreur de l’application qui avait annoncé un « jour sûr » alors qu’il s’agissait d’un jour fertile, produisant un indice de Pearl de 0,5 pour une utilisation parfaite. Le calcul de la probabilité de grossesse cumulée aboutit à un taux de grossesse de 7,5% par année, ce qui est sensiblement le même taux que la pilule en conditions réelles.

Pas encore considéré comme un moyen de contraception

Plus de 150.000 femmes utiliseraient déjà l’application, moyennant un paiement mensuel de 8,99 euros (5,4 € en cas d’abonnement mensuel, le premier cycle étant gratuit).

Kristina Gemzell Danielsson, qui a étudié l’application et son efficacité, ne la recommande pas pour les très jeunes ou pour les femmes qui ne veulent absolument pas tomber enceintes. En effet, même si l’efficacité de Natural Cycles s’avère comparable à celle de la pilule, elle reste bien inférieure à celle du stérilet (spécialement les modèles à libération hormonale) ou des implants contraceptifs.

D’ailleurs, l’application n’est pas considérée comme un outil de contraception, mais comme un “moniteur de fertilité“. Une chose qu’Elina Berglund veut faire évoluer, estimant que l’algorithme est une alternative naturelle à la pilule. Elle aimerait à terme aussi en faire un outil pour aider les femmes à tomber enceintes. Une étude clinique sur le sujet est justement en cours.

L’application a obtenu l’approbation des autorités de santé allemandes et est disponible sur le Play Store et l’AppStore.(Natural Cycles).

Share on Facebook2Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0Pin on Pinterest0Email this to someone

Articles similaires