L’évolution de la consommation de drogues chez les étudiants - VivaSanté

L’évolution de la consommation de drogues chez les étudiants

This post is also available in: Néerlandais

Les études représentent souvent un période houleuse pour les jeunes: ils sont en pleine adolescence, quittent le domicile familial pour un «kot», doivent apprendre à voler de leurs propres ailes, sont confrontés à un autre mode d’enseignement, d’étude et d’examens, ainsi qu’au stress de la compétition… Par conséquent, il n’est pas vraiment surprenant que cette période coïncide avec l’usage de drogues.

La consommation de bière est la plus visible, que ce soit lors des baptêmes, cantus et soirées, avec des amis du kot ou dans le cadre de toutes sortes d’activités organisées par les cercles d’étudiants. Ce n’est pas pour rien qu’on a imaginé les dégustations gratuites, happy hours et autres.

L’abus de certaines substances est généralement considéré comme «normal» et faisant partie de la vie estudiantine («il faut que jeunesse se passe»). Les choses sont déjà différentes lorsqu’il s’agit de l’utilisation de médicaments stimulants visant à «soutenir l’apprentissage» lors des examens. Et la situation change radicalement lorsqu’on utilise des produits tels que le cannabis, la cocaïne, l’XTC ou des amphétamines.

L’étude menée auprès d’étudiants anversois révèle que l’utilisation de cocaïne, d’ecstasy (XTC) et d’amphétamines pendant les 12 mois écoulés se situait entre 2,4% et 3,8% au cours de la période 2005-2013 (avec des enquêtes en 2005, 2009 et 2013) (1). Est-ce beaucoup, ou pas? En pourcentages, cela semble faible; en chiffres absolus, il s’agit quand même de plusieurs centaines d’étudiants. Pour l’individu, l’utilisation de ces produits est-elle pire qu’une «orgie» de bière? Il est difficile de répondre à cette question, étant donné que tout dépend d’une série de caractéristiques contextuelles et personnelles. Ce n’est pas un hasard si la théorie de Zinberg, avec ses trois variables, a autant de succès. Le caractère problématique de l’utilisation de substances, pour une personne donnée, ne dépend pas uniquement du produit en lui-même, mais aussi de la personne qui l’utilise et de l’environnement dans lequel le produit est consommé.

En Belgique, surtout ces dix dernières années, on a conduit des études plus systématiques sur l’utilisation de substances chez les étudiants, et ce, contrairement aux États-Unis, où il existe une tradition beaucoup plus longue à ce sujet. Toutefois, depuis 2005, dans le cadre d’une collaboration entre les universités flamandes et le Centre d’expertise flamand pour l’alcool et les drogues, une enquête à grande échelle est organisée tous les quatre ans parmi les étudiants flamands, au sujet de l’utilisation de substances. Cette enquête sera relancée en 2017.

Que nous apprennent les données au sujet des étudiants anversois, entre 2005 et 2013? On n’a pas observé de glissements au niveau de la consommation de bière et de vin. En moyenne 77,4% et 81,5% des étudiants déclaraient avoir consommé de la bière ou du vin, respectivement, au cours de l’année écoulée.

Et qu’en est-il des drogues illégales? On n’a pas constaté de modifications au niveau de la consommation de cocaïne, d’amphétamines ou d’ecstasy. Aux trois moments de mesure, le cannabis était la drogue illégale la plus consommée, mais la consommation de cannabis a diminué significativement au cours de la période 2005-2013, soit de 24,5% à 19,2%.

Il reste encore le tabagisme et la prise de médicaments. En ce qui concerne le tabagisme, on a noté une évolution étrange, avec une diminution de 37,2% à 31,0% entre 2005 et 2009, suivie d’une augmentation à 40,4% en 2013. La prise de médicaments reste une donnée délicate. Les médicaments servent en effet en premier lieu à résoudre ou à contrôler un problème médical. Ce n’est que lorsque les médicaments sont utilisés à mauvais escient que les études à ce sujet deviennent intéressantes, dans le cadre de «l’utilisation de substances». Étant donné qu’on ne demandait pas si l’utilisation de ces médicaments résultait d’une prescription, il est difficile de tirer des conclusions. On prêtera l’attention nécessaire à ce point dans l’enquête de 2017.

Les données relatives à l’alcool et aux drogues illégales indiquent clairement qu’on ne peut pas parler d’une augmentation de la consommation de ces produits. Au contraire, pour le cannabis, on a observé une nette diminution entre 2005 et 2013. La principale «drogue» légale – l’alcool – conserve en revanche sans problème son statut de chef de file. L’enquête la plus récente (2013) a en outre indiqué que la moitié des étudiants se trouvaient dans la zone à risque en ce qui concerne une consommation problématique d’alcool. Dès lors, ne considérons pas trop vite la consommation d’alcool chez les étudiants comme «normale»…

 

Référence
Van Wel JH, Rosiers JF, Van Hal G. Changes in drug use among Belgian higher education students: A comparison between 2005, 2009 and 2013. Subst Use Misuse 2016;51(9):1232-8.
Share on Facebook3Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0Pin on Pinterest0Email this to someone

Articles similaires