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Nouvelles promesses contre le cancer du sein

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Le taux de survie à 5 ans des patients souffrant d’un cancer du sein s’est amélioré, passant de 50% en 1986 à 90% aujourd’hui.

Rencontre avec le Professeur Martine Piccart, Oncologue, Chef du Service de Médecine à l’Institut Jules Bordet, présidente du «Breast International Group» (BIG), le plus grand réseau de recherche au monde en matière de cancer du sein. Extrait de l’article paru dans Viva Santé 31.

 

 

Quelle est l’importance du cancer du sein en Belgique?
«Dans les pays industrialisés, le cancer du sein frappe environ une femme sur 8. C’est une statistique très élevée, qui est expliquée en partie par le vieillissement de la population. Mais c’est aussi l’évolution de nos modes de vie qui est en cause. Un seul exemple permet de mesurer ce changement: le corps des femmes est programmé pour avoir un premier enfant vers 14 ans, avec un fonctionnement de la glande mammaire après le premier accouchement. On pense que «l’activation» précoce de cette glande mammaire est une protection contre le cancer du sein. Aujourd’hui, les femmes sont plus actives socialement, elles allaitent peu ou pas, font moins d’enfant et beaucoup plus tard! Notre corps n’est plus tout à fait en phase avec la «Nature».

Mais ce qui est très interpellant, c’est que la Belgique est le pays d’Europe de l’Ouest avec le taux de cancer du sein le plus élevé. Je n’ai pas d’explication à vous donner, si ce n’est que je suis inquiète… Pourquoi nous? Et pas la France et la Hollande?
Fort heureusement, il y a un déclin de la mortalité par cancer du sein: il est attribué au dépistage plus étendu mais principalement à une meilleure approche thérapeutique qui est aujourd’hui multidisciplinaire et inclut l’utilisation de traitements médicamenteux adjuvants qui protègent les femmes d’une rechute après un cancer (chimiothérapie, hormonothérapie, anticorps, et parfois une combinaison de ces traitements).»

Quelles sont les grandes révolutions dans la prise en charge des traitements?
«La prise en charge du cancer du sein est de plus en plus efficace mais également de plus en plus complexe. Bien que la majorité des patientes commencent leur traitement par l’étape “chirurgie”, certaines bénéficient auparavant d’une chimiothérapie dite néo-adjuvante. D’autres suivent une hormonothérapie sans chimiothérapie préalable. Et en cas de rechute, une palette de traitements systémiques en évolution constante s’offre à l’oncologue médical, chargé d’équilibrer la balance entre l’efficacité et la toxicité tout en tenant compte des possibilités de traitement local par chirurgie et radiothérapie. Depuis plusieurs années, le traitement conservateur du cancer du sein invasif remplace dans la majorité des cas la mastectomie radicale. Cette approche chirurgicale a minima a été rendue possible par les progrès réalisés en matière de mise au point diagnostique et de repérage lésionnel et par la recherche médicale. La radiothérapie peut aussi être moins lourde, diverses technologies permettent de cibler le «lit» tumoral. En matière de chimiothérapie, on assiste plutôt à une escalade de traitements car tout oncologue redoute la présence de micrométastases à distance et souhaite les éradiquer.»

On parle aussi de plus en plus de traitement ciblé…
«Depuis une quinzaine d’années, on assiste au développement exponentiel de nouveaux médicaments ciblés. Contrairement à la chimiothérapie qui agit de façon fort peu sélective sur toute cellule en division, on parle ici de médicaments qui visent à neutraliser un acteur précis dans la cellule cancéreuse, une protéine précise que l’on pense responsable de son agressivité. Dans la thérapie moléculaire ciblée, des médicaments sélectifs bloquent la croissance des cellules tumorales en interférant avec des cibles moléculaires indispensables pour la croissance tumorale et leur survie, plutôt qu’en bloquant simplement les cellules cancéreuses en division. Les traitements ciblés sont parfois plus actifs et moins toxiques pour les cellules normales que la chimiothérapie classique. Certains médicaments de ce type vont faire un travail remarquable chez certains patients mais ne seront pas efficaces du tout chez d’autres. Un exemple est celui des cancers du sein qui disposent d’un nombre anormalement élevé de protéines HER-2 qui représentent des milliers d’antennes à la surface de la cellule cancéreuse lui permettant de répondre à des stimuli de croissance! Des anticorps (trastuzumab, pertuzumab) ont été développés pour bloquer ces antennes. Ces traitements ont permis de grands progrès en matière de survie chez les 15 à 20 % de femmes atteintes de cancer du sein qui expriment ces antennes HER-2. En cas de métastases, on observe des survies de 5 ans ou plus avec ces traitements ciblés et avec leur utilisation plus précoce dans la maladie, on espère guérir la grande majorité des femmes avec un cancer du sein “HER-2” positif.»

 

 

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