Internet, l’adolescent et le sexe. Faut-il avoir peur? - VivaSanté

Internet, l’adolescent et le sexe. Faut-il avoir peur?

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Premières explorations de la sexualité et de ses limites, mystères qui se dévoilent lentement, délicieux tabous, avec une pointe de danger: nous sommes tous passés par là. Autrefois, on se découvrait dans une boum ou à tâtons sur le siège arrière d’une voiture.

Aujourd’hui, les jeunes considèrent le Web comme la première source d’information sur tout ce qu’ils ont toujours voulu savoir sur le sexe et la sexualité. Le point avec le Pr Nicolas Zdanowicz (Psychiatrie, CHU Mont-Godinne, UCL).

L’adolescence est un mot un peu mystérieux. Est-ce uniquement une question d’âge? D’état d’esprit? Ou plus que cela?

Pr Nicolas Zdanowicz: Les experts s’accordent pour dire que l’adolescence débute avec la puberté, au sens le plus biologique du terme. Ce qui signifie qu’il y croissance pubertaire, apparition de signes sexuels secondaires (seins chez la fille, musculature chez le garçon, pilosité, etc.) et apparition de signes sexuels primaires (ceux qui concernent la fertilité). On considère en psychiatrie que le processus d’adolescence psychologique est plutôt déclenché par les signes sexuels secondaires que primaires parce que ces signes entraînent des modifications du rapport du jeune à son propre corps et avec sa famille. En bref, l’adolescence est toute la période qui va de la naissance des signes sexuels secondaires jusqu’à la naissance d’un adulte.

Qu’est-ce alors qu’un adulte?

C’est une autre paire de manches! La réponse facile est légale: 18 ans! L’OMS complique un peu les choses en disant que l’adolescence prend fin à 18 ans, mais peut être portée jusqu’à 25 ans si deux conditions sont remplies: le jeune reste dépendant financièrement de ses parents et/ou ne vit pas en couple. Les psychiatres – qui aiment tout compliquer… ? rajoutent notamment un autre critère qui est celui d’avoir trouvé une solution de continuité, de gentleman agreement avec la génération précédente. Autrement dit, être adulte, c’est avoir modifié les rapports avec ses parents, et donc la manière dont on s’entend avec eux.

Qu’est une sexualité “normale”, pour peu que la normalité existe?

Parler de la sexualité à l’adolescence est intéressant pour aborder le sujet de la sexualité en général, car on voit à l’adolescence combien la sexualité dépasse la pratique du sexe, la pratique des relations sexuelles. Habiter son corps va au-delà du fait de s’habituer à sa taille, ses seins, sa musculature, sa pilosité… C’est aussi savoir comment se mettre en valeur, comment utiliser son charme, s’habiller, jouer de son corps dans les relations avec les autres.

Dans cette mesure, répondre à la question de savoir s’il y a une sexualité normale demande d’abord de définir de quoi on parle: est-ce parler de la relation sexuelle ou de tout ce qui tourne autour? Etre sexué au sens large, c’est être bien dans sa peau et dans sa tête, c’est parvenir à prendre du plaisir à être et à vivre. Dans un sens plus restreint, c’est avoir des relations. Dans cette optique, une sexualité normale est une sexualité qui est bonne pour la santé, qui est vécue, si pas avec jouissance, au moins avec du plaisir, et qui ne nuit pas à l’estime de soi. De manière plus basique, c’est la différence entre le “besoin” et le “plaisir”. En d’autres termes, si le port d’une lingerie ‘sexy’ fait plaisir, c’est une sexualité normale. Si par contre existe un besoin (port d’une lingerie de couleur ou d’un type particulier, nécessité du rapport dans un lieu précis…) pour obtenir un rapport satisfaisant, on est dans le pathologique.

Y-a-t-il un âge pour cela? Les enquêtes sur le sujet disent un peu tout et n’importe quoi sur l’âge du premier rapport…

En Belgique, entre 1960 et les années 2000, l’âge du premier rapport sexuel n’a baissé que de 6 mois, les adolescents ayant leur premier rapport vers 17 ans en moyenne, un peu plus tôt chez la fille que le garçon. Ce qui est impressionnant par contre, c’est le hiatus que l’on peut constater entre ce qu’on peut lire et la réalité des chiffres qui annoncent généralement de multiples partenaires alors que la sexualité des adolescents est habituellement stable. Les adultes fantasment une sexualité des jeunes beaucoup plus dramatique qu’elle ne l’est en réalité en évoquant le SIDA ou le nombre de grossesses précoces au point que l’UNICEF a dû publier un démenti. Par contre, il est acquis que plus on essaie de normaliser la sexualité des adolescents, plus on constatera des prises de risque. En bref, si l’adolescent est élevé dans un milieu où il n’est pas livré à lui-même, et où il peut poser des questions et recevoir des réponses, il aura le plus souvent une sexualité épanouissante qui lui permettra de vivre en couple.

Grande préoccupation actuelle, Internet. Et le cybersexe. Qu’en penser?

Quand ils parlent de cybersexe, les adultes hurlent à la catastrophe, à la déchéance! Un peu comme nos parents le faisaient quand nous achetions Play Boy pour le lire en cachette. Ce qui souligne qu’il est banal que les adolescents vivent la sexualité autrement que leurs parents et que ceux-ci soient effrayés par la sexualité de leurs enfants, en tous les cas dans les sociétés occidentales. La vraie question devant le fait que les adolescents d’aujourd’hui seraient ‘inondés’ d’images de sexe est de savoir si leur sexualité est limitée à ces images. On en revient toujours à la même chose… la nécessité d’un lien avec la génération antérieure. Sans tabous, sans fausse pudeur.

Penser qu’internet est un lieu pervers, c’est lui donner beaucoup de pouvoir, même si on sait que les jeunes qui sont abreuvés de positions hallucinantes vues sur internet en connaissent vraisemblablement d’un point de vue technique beaucoup plus que leurs parents. Est-ce que ça change quelque chose au niveau de leur capacité à avoir des histoires chouettes ou non? Est-ce que ça change quelque chose à la qualité de leurs orgasmes et de leur plaisir d’être ensemble? Je ne le pense pas. Est-ce que ça veut dire qu’ils en savent plus sur l’amour? Non plus. Est-ce que ça veut dire qu’ils peuvent se passer des parents comme histoire d’amour, et des modalités d’amour pour créer l’amour? Toujours non.

Car l’amour, c’est aussi les relations qu’on a entre hommes et femmes, ce qui vient limiter les fantasmes que peut susciter internet. In fine, si internet est effectivement un problème pour les gens fragiles, il ne l’est pas plus que ne le sont les sources d’informations malvenues d’autrefois. Seule l’accessibilité a changé.

Et que penser des “chats”?

Les études ont montré qu’une majorité d’ados avoue avoir été importunés sur un «chat» ou avoir eu des images de sexe non demandées, des spams. Mais ces études montraient aussi que s’ils avaient été choqués, ils n’avaient pas été traumatisés dans la mesure où ils gardaient leur libre choix: celui de couper la connexion. On peut aussi mettre en parallèle les «chats» classiques avec nos amours par lettres enflammées du siècle dernier, où, tout en vivant à 500km l’un de l’autre, on communiquait et tombait amoureux de quelqu’un qu’on ne connaissait pas, dont on ne voyait pas le quotidien.

Parallèlement, les études ont montré que sur Myspace, Facebook, etc., les ados embellissent leur image (merci Photoshop), partant du principe qu’on tombe d’abord amoureux d’une image. Mais c’est accorder peu d’attention aux mots, qui ont aussi toute leur importance et conditionnent de nombreuses amours virtuelles sur le net. Je mettrais par ailleurs ce fait en parallèle avec les amours de vacances où l’on pouvait tomber follement amoureux en quelques jours de quelqu’un qu’on ne connaissait pas… La différence est, outre la facilité, dans la vitesse des échanges qui peuvent se faire dans la seconde, alors qu’antérieurement, on était tributaire de l’acheminement du courrier.

Dans les faits, ces relations ‘courriels’ sont probablement beaucoup plus intenses parce que plus directes, mais aussi beaucoup plus courtes parce qu’il n’y pas le plaisir d’attendre une réponse.

Dr Dominique-Jean Bouilliez
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