Les jeunes et Internet, quels risques? (partie 2) - VivaSanté

Les jeunes et Internet, quels risques? (partie 2)

Cyberharcèlement

Heidi Vandebosch:

“Le cyberharcèlement est, comme le harcèlement classique, une forme de comportement agressif qui est volontaire, intentionnel, blessant et répétitif. Souvent, ce sont les mêmes jeunes qui en sont la cible et il naît un rapport de force entre l’auteur et la victime. Étant donné que les jeunes considèrent le monde en ligne comme un prolongement du monde hors ligne, le harcèlement se poursuit tout simplement. La différence traditionnelle entre le harcèlement verbal, physique, social et indirect est également valable pour le cyberharcèlement.

Injurier ou…menacer quelqu’un peut aussi se faire via SMS ou un message ‘chat’. Le harcèlement physique peut se traduire par l’envoi intentionnel d’un virus informatique: faire supprimer quelqu’un massivement de ses listes d’amis est un exemple de harcèlement social. Sans oublier le cyberharcèlement indirect, où l’on essaie de faire du mal à quelqu’un derrière son dos en publiant sur le net par exemple une photo ou une vidéo gênante.”

Contrairement au harcèlement classique, le cyberharcèlement ne se limite pas à l’école ou au mouvement de jeunesse et l’auteur pense pouvoir agir de façon anonyme. Cela a pour conséquence que la victime ne peut plus se sentir en sécurité nulle part, même pas à la maison. Le fait que l’on puisse atteindre de nombreuses personnes via Internet donne à la victime l’impression qu’elle est ridiculisée devant le monde entier.
Dépendance
“En principe, tout jeune peut devenir dépendant à l’Internet, mais certains groupes courent un risque plus élevé”, explique Huub Boonen. “Les jeunes qui n’ont pas trouvé leur place dans le monde hors ligne, qui ont plus de mal à nouer des amitiés avec des jeunes de leur âge ou qui souffrent de troubles psychiques comme la dépression ou l’angoisse, se sentiront plus à leur aise dans le monde en ligne étant donné qu’ils peuvent l’adapter à leurs besoins et à leurs capacités. Plus encore, les jeux s’adaptent automatiquement aux possibilités du joueur, afin que cela reste toujours passionnant et attirant.” 

Des loisirs uniquement orientés sur l’utilisation d’Internet, des remarques répétitives des amis et de la famille par rapport à une utilisation exagérée de l’Internet, le non-respect des accords et la négligence des hobbys, tout comme le report du travail scolaire peuvent indiquer que le jeune est dépendant. Malgré ses tentatives, le jeune ne parvient pas à diminuer le temps qu’il passe en ligne. Des conflits avec l’entourage direct et un manque de sommeil sont également des phénomènes très fréquents.

Le chemin du retour

Les victimes de cyberharcèlement ont souvent du mal à gérer celui-ci. Elles n’osent rien dire aux parents ou aux enseignants et essaient de trouver seules une solution, et souvent cette solution ne sera pas idéale. Parfois, ils se mettent à leur tour à harceler d’autres personnes. On remarque une relation entre cyberharcèlement et dépression, faible image de soi et stress. Dans des cas extrêmes, cela peut même mener à un suicide. On remarque souvent que les jeunes ont de moins bons résultats scolaires. 

L’Internet peut ici être envisagé comme un remède précise Heidi Vandebosch: “Nous sommes ainsi en train de développer un outil d’intervention en ligne (www.friendlyattac.be). Disponible pour l’instant en néerlandais et en anglais, celui-ci s’adresse aux 13-15 ans et permet, à partir d’infos personnelles publiées sur des réseaux sociaux, de simuler des scénarios mettant les jeunes dans la position du harceleur, de la victime ou du témoin de cyberharcèlement. De cette manière, nous essayons de susciter de l’empathie chez les auteurs et de proposer des stratégies aux victimes pour faire face à la situation.”

En parlant avec votre enfant de son usage d’Internet et du monde en ligne, vous pourrez obtenir une meilleure idée des personnes et des influences qu’il rencontre. Il sentira aussi que vous vous intéressez à ses activités en ligne, et il sera alors plus facile de prendre des accords quant à la fréquence de l’utilisation d’Internet et aux sites internet à éviter.

Huub Boonen affirme: “Les jeunes que nous accompagnons sont très souvent en conflit avec leur entourage. Nous essayons de travailler d’une façon motivante au rythme du jeune en mettant l’accent sur l’élargissement de ses activités sociales dans un contexte hors ligne. Nous apprenons au jeune à avoir un contrôle sur son propre usage de l’ordinateur. Il est important de travailler avec des objectifs à court terme et de ne pas reporter trop les récompenses: reprendre d’anciennes activités, avoir des contacts avec des gens qu’ils ont délaissés… Souvent, nous impliquons aussi les parents dans l’accompagnement afin de supprimer la spirale négative à la maison.”
Dr Johan De Neve, 
d’après une interview de Heidi Vandebosch (Université d’Anvers) 
et de Huub Boonen (CAD Limbourg)

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