Qu’est-ce qu’un AVC? - VivaSanté

Qu’est-ce qu’un AVC?

Hémorragie cérébrale, infarctus cérébral, thrombose cérébrale, AVC,… chacun connaît une personne ayant été confrontée à ces pathologies.

Beaucoup savent aussi qu’elles touchent les vaisseaux sanguins du cerveau et que les conséquences peuvent être lourdes. Mais quel est le problème exactement? Et en quoi ces affections diffèrent-elles les unes des autres? Ou s’agit-il tout simplement de synonymes?
Nous avons posé la question au professeur Vincent Thijs (neurologue, UZ Leuven).
«L’AVC (pour Accident Vasculaire Cérébral) est un terme générique (global) qualifiant des affections soudaines des vaisseaux sanguins cérébraux», indique le professeur Thijs. Il peut s’agir d’une hémorragie ou d’un infarctus cérébral. «En cas d’hémorragie cérébrale, un vaisseau sanguin (une artère) éclate dans le cerveau, ce qui entraîne un saignement sous haute pression dans ou autour du tissu cérébral.»
Toutefois, la plupart des AVC sont des infarctus cérébraux. Les médecins l’appellent «AVC ischémique». «Un infarctus cérébral survient lorsqu’une partie du cerveau se retrouve soudain insuffisamment irriguée et reçoit donc trop peu de sang et donc d’oxygène. Cet accident peut être dû à une thrombose cérébrale, autrement dit lorsqu’un caillot sanguin (ou thrombus) bouche un vaisseau cérébral.»
Ce caillot peut être produit sur place, mais souvent, il provient d’une autre partie du corps et est acheminé vers le cerveau via la circulation sanguine. «Nous parlons dans ce cas d’une embolie cérébrale, explique Vincent Thijs. Dans 1 AVC sur 5, l’infarctus cérébral trouve son origine dans le cœur: un caillot sanguin se forme à ce niveau et est entraîné hors du cœur par le flux sanguin. Les vaisseaux sanguins du cerveau sont le premier organe rencontré par le caillot qui sort du coeur. Un infarctus cérébral se produit à l’endroit où celui-ci reste bloqué.»
Les hémorragies et les infarctus cérébraux sont des pathologies fréquentes. «En Belgique, elles touchent quelque 20.000 personnes par an. Les AVC sont responsables d’environ 1/10 de l’ensemble des décès dans notre pays.Dans le classement des causes de handicap à l’âge adulte, ils restent toujours numéro 1; de plus, ils arrivent à la 3e place des causes de mortalité. Il s’agit donc d’une affection importante.»
Un autre terme peut être utilisé dans ce contexte: l’AIT ou accident ischémique transitoire. «On peut le décrire comme un ‘mini-AVC’, un infarctus cérébral de courte durée. Souvent, il s’agit des prémices ou du signe avant-coureur d’un AVC plus conséquent qui se produit dans les heures ou les jours qui suivent», explique le professeur Thijs. C’est précisément parce qu’ils annoncent un plus gros accident que les mini-AVC doivent être impérativement reconnus et pris en charge d’urgence.
La course contre la montre
Les dommages cérébraux dus à un AVC se produisent assez vite. La rapidité d’intervention est donc le maître mot. «Plus la période d’interruption de l’irrigation sanguine cérébrale est limitée, moins les dégâts seront importants. Les traitements disponibles seront également plus efficaces s’ils sont appliqués très rapidement.»
Trop souvent, les personnes confrontées à ce problème ou leur entourage perdent un temps précieux à partir du moment de l’apparition des symptômes car elles adoptent une attitude attentiste plutôt que d’appeler les secours immédiatement. «En cas d’AVC, cette approche attentiste est tout simplement à proscrire. Il est crucial que les personnes présentant des signes d’AVC se rendent le plus vite possible à l’hôpital, où un traitement sera entamé dans les plus brefs délais afin de limiter les dégâts. Si le patient n’arrive en clinique que tardivement, les médecins sont relativement impuissants pour limiter les dommages causés par l’accident. Nous ne pouvons alors plus sauver le tissu cérébral, insiste le Dr Thijs. Tout ce que nous pouvons faire, c’est commencer une revalidation appropriée et empêcher le déclenchement d’un nouvel AVC en détectant la cause et en la traitant le mieux possible.»
Il est tout aussi essentiel pour les patients subissant un mini-AVC de consulter un médecin rapidement. «La période suivant immédiatement un AIT est cruciale en termes de prévention, pour éviter qu’un accident ultérieur et potentiellement plus grave ne se produise. Tout d’abord, nous examinons s’il s’agit bien d’un AIT. Dans l’affirmative, nous recherchons où le caillot s’est formé exactement: dans le cœur, la carotide…? Pour éviter un nouvel AVC, nous administrons généralement des médicaments qui fluidifient le sang, pour éliminer (‘dissoudre’) le caillot, ou contre le cholestérol pour limiter la formation de plaques d’athéromatose dans les vaisseaux, causes futures possibles de caillots sanguins.»
Les facteurs de risque de l’infarctus cérébral sont très semblables à ceux d’un infarctus du myocarde: tension artérielle élevée, diabète, hypercholestérolémie, tabagisme, manque d’exercice physique, surpoids. Il est donc fondamental de s’intéresser à ces facteurs de risque. «En effet, l’AVC est une pathologie en principe évitable.»
Simple et soudain:
Pour intervenir rapidement, le public doit apprendre à connaître et reconnaître les symptômes et signaux d’alarme de l’AVC. «La plupart des AVC s’accompagnent de l’une ou l’autre forme de paralysie, dit Vincent Thijs. Il peut s’agir d’une bouche en biais (déformation d’un côté), mais aussi de la paralysie d’un bras, d’une jambe, d’une main, etc., pas forcément d’une paralysie complète. Il peut également s’agir d’une faiblesse légère.»
Dans tous les cas, la paralysie ou la perte fonctionnelle se produit soudainement, d’un moment à l’autre. «La plupart des gens peuvent dire avec précision à quel moment les symptômes sont apparus. Si ces derniers progressent en quelques jours, il ne s’agit généralement pas d’un AVC.» En outre, la particularité de cette pathologie réside dans l’hémiplégie, c’est-à-dire la perte fonctionnelle clairement limitée à un seul côté du corps (‘hémi-‘ signifiant ‘demi’).
«Des troubles d’élocution soudains (la personne n’arrive plus à articuler, ne trouve plus ses mots ou ne comprend plus son entourage) doivent également faire penser à un AVC.»
Il en va de même si la personne ne parvient plus à marcher ou à bouger, ou éprouve de graves troubles de l’équilibre ou sensoriels.
Les symptômes peuvent donc être très divers. «Ce serait déjà une bonne chose si le public prêtait surtout attention aux troubles de l’élocution et aux phénomènes de paralysie soudains (bouche, bras, jambe), qui permettent de détecter la plupart des AVC».
Les symptômes de l’AVC peuvent être très divers. Ce serait déjà une bonne chose si le public prêtait surtout attention aux troubles de l’élocution et aux phénomènes de paralysie soudains (bouche, bras, jambe), qui permettent de détecter la plupart des AVC.
Traitement
Pendant longtemps, l’AVC a été considéré comme une affection incurable. «Nous sommes issus d’une génération qui estimait que les personnes atteintes d’un AVC devaient être alitées le plus vite possible, recevoir le moins de médicaments possible et entamer une revalidation dans les plus brefs délais. Aujourd’hui, l’approche est totalement différente: nous sommes convaincus qu’une médication est essentielle et qu’elle doit idéalement être administrée dans les premières minutes qui suivent l’arrivée à l’hôpital.
Bien entendu, les médicaments dont nous disposons aujourd’hui n’existaient pas à l’époque. Des progrès ont surtout été accomplis dans le traitement des problèmes cérébraux ischémiques, c-à-d les infarctus cérébraux, qui constituent tout de même 80% des AVC. Le traitement de plus en plus préconisé depuis le début des années 2000 est la thrombolyse: l’injection d’un produit dans le sang permet de diluer le caillot sanguin qui bouche le vaisseau cérébral. Cette méthode a constitué un véritable pas en avant, surtout si elle est appliquée rapidement après l’infarctus. Ces patients doivent donc être traités en priorité à leur arrivée en clinique.»
En cas d’hémorragie cérébrale, les possibilités thérapeutiques sont moins évidentes. «Pour les hémorragies cérébrales (au niveau des méninges ou sous-arachnoïdiennes, c-à-d les parties les plus superficielles du cerveau, proches de la boîte cranienne), des progrès technologiques ont été réalisés, dans le sens où nous pouvons soigner le vaisseau concerné de façon beaucoup plus élégante qu’auparavant. Si, autrefois, le chirurgien devait rechercher la déchirure à l’origine du saignement dans une véritable mare de sang, nous pouvons aujourd’hui procéder beaucoup plus proprement, à l’aide d’un cathéter glissé jusqu’aux vaisseaux cérébraux, et le long duquel le diverticule hémorragique est ligaturé.»
A l’heure actuelle, le principal problème se situe au niveau des hémorragies (plus profondément) dans le tissu cérébral proprement dit. «Nous sommes encore loin d’avoir trouvé un traitement efficace pour ces cas-là.»
En ce moment, les recherches vont bon train pour optimiser le traitement de l’AVC sous toutes ses formes. «Toutefois, nous pourrions faire bien davantage, estime Vincent Thijs. Pour 5 euros versés à la recherche contre le cancer, seul 1 euro est consacré à l’AVC, alors que le problème est tout aussi important en termes de coûts pour la société et que le pronostic est tout aussi défavorable. Nous remarquons donc que cette pathologie est un peu oubliée. C’est aussi parce qu’elle est considérée comme difficile. Malgré tout, nous continuons de croire que dans les 10 à 15 ans, nous pourrons réaliser des progrès significatifs. Avec la maladie d’Alzheimer, l’AVC est aujourd’hui l’un des défis majeurs de santé publique de notre société.»
Heidi Van de Keere

 

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